C’est un billet un peu spécial que je vous propose aujourd’hui .

Je n’ai pas de couture à montrer, alors pardonnez cette intrusion d’ordre plutôt … disons… pédagogique. Je pense que vous n’avez rien contre, seulement, c’est moins visuel, moins inspirant, moins digeste peut-être. Car il va y avoir un peu de lecture :-)  [préparez vous un bon petit thé pour que ça passe mieux]. Vous aurez même le droit de le lire « à petites doses » pour y revenir quand vous voulez.

 Entre ces lignes transpire l’accompagnement vers une bonne utilisation de mon dernier livre (au coeur de mes préoccupations ces derniers temps, vous vous en doutez), mais j’espère pouvoir vous montrer que tout ce que je vais vous raconter va bien au delà de ce « bébé de papier », et peut aussi et SURTOUT vous servir pour TOUS vos projets-couture de vêtements (pour FEMMES plus particulièrement). Et ce, quelle que soit la marque de patron, quels que soient les modèles, quel que soit l’univers.

Après 2 mois de vie de Grains de Couture, et après 2 mois de SAV de proximité, je parviens à présent à bien cerner comment vous utilisez le livre, pourquoi, de quelle manière, ce qui vous plait, ce qui vous motive, là où j’ai tapé « juste », mais aussi ce qui vous met le doute, les petits défauts (liste des errata à venir), là où je n’ai peut-être pas été à mon meilleur niveau, ce qui pourrait encore être amélioré, ce qui mérite d’être éclairci, et surtout, plus intéressant, ce sur quoi je peux dès à présent rétro-agir, pour compléter ou mieux vous aider.

Mon idée est de faire en sorte que vos projets-couture (notamment pour vous-même) soient au moins aussi fluides, sereins, et sources de satisfaction que les miens. Il s’agit d’une passion prise sur nos temps libres (ô combien précieux), donc autant que que cela reste UN PLAISIR. Vous savez que j’aime aussi quand la couture n’enferme pas dans des recettes figées pour laisser place à la créativité et … au bon sens. Mais il me semble toutefois que certaines « recettes de base » méritent que l’on y revienne, tellement elles constituent le socle du reste.

Pour celles qui ont le livre, vous noterez peut-être (si vous l’avez lu… huhu) qu’une bonne partie des messages « pas-très-subliminaux » de ce billet est déjà expliquée de façon plus concise dans le chapitre technique, avec plusieurs piqûres de rappel dans les fiches de montage des modèles. Par hasard, ne serais-je pas partie pour refaire le boulot pédagogique 2 fois ? Et bien si !  Je suis de celles qui pensent que les bases… ça se rabâche comme des tables de multiplications, ou comme ce geste sportif que l’on doit reproduire 1547 fois avant de pouvoir l’exécuter parfaitement et efficacement « comme on respire » , sans effort, comme un réflexe. Ces bases-là, je les ai surtout expérimentées puis acquises par l’erreur … donc forcément, en face de chaque mot, j’ai l’image bien concrète d’une fille qui n’a pas toujours fait la maligne devant ses créations ratées ou imettables… croyez-moi. Et lorsqu’ aujourd’hui, en tant qu’auteur, je suis sollicitée par mail ou sur les réseaux sociaux concernant des problème de tailles ou de « bien-aller », là je peux vous dire que je vois trèèèèèès bien de quoi vous voulez parler.

Vous me voyez venir : je vais donc essentiellement vous parler du choix de la BONNE TAILLE en couture, et plus particulièrement pour FEMMES.

Je ne traiterai en revanche ni des coupes, ni de l’aisance, ni du style, ni de l’adéquation (esthétique et subjective) des modèles à votre morphologie. C’est un tout autre sujet.

Pour certaines, le choix de la taille est intuitif et logique, alors que pour d’autres, c’est un véritable casse-tête. En couture, le choix de la taille est une problématique récurrente que l’on rencontre bien souvent sur les forums, les blogs collectifs/privés, ou sur les réseaux sociaux… (et oserais-je dire, dans les messageries, hum). De même, je pense pouvoir dire que parfois, quand une couturière manifeste un mécontentement sur la coupe (et elle a peut-être raison), il m’arrive de détecter au premier coup d’oeil, d’après une photo publiée par exemple, que le problème est en réalité un mauvais choix de taille. Ces histoires de taille, identifiées ou non comme telles, peuvent donc générer des doutes mais aussi pas mal de frustrations, et c’est bien compréhensible : avoir « investi » dans un patron à l’unité ou un livre complet, ET avoir passé des heures à se coudre un vêtement pour se rendre compte au final qu’il n’est pas taillé pour soi (ou qu’on ne rentre pas dedans), c’est bien le genre de petite chose pénible et démoralisante (quand je vous dis que je sais de quoi je parle…. faites moi confiance).

Mais pourquoi cela nous arrive-t-il ? Pourquoi certaines marques de patrons nous taillent bien « du premier coup » alors qu’avec d’autres, nous devons systématiquement « bidouiller » (ou abandonner) ? Pourquoi certaines couturières parviennent à s’accomoder de certains modèles et en faire ce qu’elles veulent quelle que soit leur morphologie, alors que pour vous, c’est une galère sans nom ?

Que faut-il faire (ou ne pas faire) pour que cette histoire de taille devienne un jeu d’enfant, sans que cela vous prenne des plombes, et sans que ce soit un stress ?

UN PROBLEME DE TAILLE

Tout d’abord, qu’est-ce qu’une TAILLE ? 

Tout le monde sait ce que c’est, mais globalement, voici tout de même quelques précisions pour repartir de la base et mieux « cerner le problème ».

La source : Une taille est le résultat d’une compilation statistique poussée et réfléchie issues de mesures du corps (on appelle ça des données anthropométriques, oh yeah !). Ces mesures ont généralement été récoltées lors de campagnes de mensurations sur un échantillon de population. Donc déjà :  qui dit échantillonnage et étude statistique dit…  lissages, modélisations, tendances globales … et donc…forcément, on perd des infos puisque le but est de trouver ce qui peut être le plus représentatif (je vous épargne les détails concernant les différents indicateurs statistiques possibles permettant de réfléter la notion de représentativité –>  à notre niveau, on va rester sur le calcul de « moyennes »). NB : même si, à titre personnel, vous avez fait partie de l’échantillon mesuré lors de cette campagne, vous n’êtes finalement qu’un « point du nuage », mais pas forcément celui qui le représente le mieux.  Donc vous ne serez même pas sûre d’être exhaucée en matière de taille de vêtement. Cela-dit, malgré ce côté « nébuleux », ces techniques statistiques puissantes sont nécessaires pour faciliter l’utilisation de ces résultats au niveau de la conception des vêtements, afin de générer des règles de mensurations exploitables par les modélistes (pour fabriquer en série des vêtements qui conviennent « au plus grand nombre »).

Une fois les données anthropométriques recueillies, la mise en place des standards implique également le choix de « silhouettes-types », les plus représentatives possibles elles-aussi (en fonction de … –> ça dépend, ce sont encore une fois les statistiques qui donnent des pistes), définissant, entre autre, et pour chaque taille, des trios de mensurations Poitrine/Taille/Bassin (P/T/B). Ces « silhouettes-type » peuvent réfléter plusieurs sortes de conformations du corps (taille plus ou moins marquée, morpho athlétiques avec buste large et bassin étroit…). Donc généralement, en fonction de sa cible-clients, une marque doit faire ce choix de « silhouette-type » avant de décliner ses tailles. La résultante de ce choix et des trios de mensurations P/T/B qui en découlent (ainsi que toutes les mesures détaillées du reste du corps) constitue donc le barème de tailles (ou nomenclature de tailles), qui servira de « règle de base » pour construire et grader les patrons.

Historiquement en France, la taille commerciale type 36-38-40 etc… correspond (théoriquement) à une petite formule mathématique assez simple impliquant les tours de poitrine et tours de taille retenus dans ces barèmes. Chez la femme :

Taille commerciale = [(1/2 x tour de taille) + (1/2 x tour de poitrine)] /2

Les nombre obtenu est sensé être arrondi à l’entier pair le plus proche (ex : pour un barème retenant un tour de poitrine à 90 cm pour un tour de taille à 68 cm –> calcul=39,5 –>  ce qui correspondrait à la taille 40).

Nous pensons solutionner nos petits problèmes grâce à cette formule théorique ? … Et bien en fait, non, pas vraiment. Cette formule de calcul n’est pas toujours respectée, ce serait trop simple :-)

De plus, avec le marché international, on rencontre divers dénominations de tailles : 36-38-40…, 1-2-3…, S-M-L… On assimile intuitivement le 36 au S et à la T1, mais dans quelle mesure ? On ne sais pas bien.

 2 photos ci-dessus issues de mon dressing : une robe en 36 // et un gilet en XS. Et je ne saurais absolument pas dire si les barèmes sous-jacents sont équivalents. Je peux juste dire que les 2 vêtements me vont à peu près, c’est imparfait, mais je m’en accomode.

Les tailles dans le prêt-à-porter : dans la vie courante, nous sommes imprégné(e)s par l’univers du prêt-à-porter, de la mode, des magasins, et du marketing des marques de fringues… L’univers commercial est donc le référentiel connu qui nous calibre et qui nous catégorise mentalement dans tel ou tel standard. Celui qui nous range malheureusement dans une case du style : toi, tu es dans la case du… 42. Pof ! Et c’est comme ça. Seulement, et je pense que vous vous en êtes rendu compte : 1/ notre morphologie ne se résume pas à une case, et 2/ toutes les étiquettes commerciales ne « taillent » pas pareil. Alors que vous rentrerez dans le 38 d’une marque, vous ne pourrez vous contenter que du 40 chez une autre marque. A noter que psychologiquement, il est plus flatteur pour l’égo de s’habiller en 38 qu’en 40 ! Ma fois, peut-être aurez-vous d’ailleurs un élan plus sympatique vers la marque qui vous en habille « en mince » ;-) … Marketing, be careful. Et oui…  les barèmes de tailles, c’est aussi un vaaaaaaste sujet dans le monde du prêt-à-porter, où les marques font ce qu’elles veulent (et peuvent !) pour être présentes sur un marché international, et pour satisfaire leurs client(e)s. Les variations de tailles restent bien sûr dans des proportions raisonnables, mais les différences sont réelles. Tant et si bien que la « profession » essaie d’harmoniser les pratiques pour que tout le monde s’y retrouve et parle le même langage, il existe même des normes, des campagnes de mensurations, des propositions de « silhouettes-types » mais… mais que voulez-vous… c’est une affaire ultra-complexe que je ne préfère pas aborder ici (même si j’en connais un petit rayon, je ne maîtrise pas assez bien le sujet pour rentrer dans le détail, et savoir où l’harmonisation en est réellement aujourd’hui).

Autre phénomène et constat  : les morphologies des français(es) (entre autres) ont naturellement évolué au cours du temps. Dans le sens du +, vous vous doutez bien. Pour des contraintes liées au marché et toujours pour satisfaire sa clientèle, chaque acteur du secteur du « prêt-à-porter » a du s’adapter en faisant évoluer ses barêmes. Conséquence : le 40 d’avant ne correspond plus tout à fait au 40 de maintenant (qui s’est globalement allongé et élargi)… . Donc vous voyez, dans l’univers commercial… c’est à aussi s’y perdre, d’autant que les marques ne communiquent pas toujours très bien sur leurs nomenclatures (mais ça existe, et c’est encourageant : voir photo ci-dessous, mais qui va réellement essayer de lire ce qui est écrit en tout petit sur la 4ème étiquette sur l’envers, surtout qu’on a juste envie d’un truc —>  la couper tellement elle nous gratte !).

Rare : étiquetage (à la vue direct du consommateur – s’il cherche bien cela-dit !), avec mention du barème des mensurations

Donc finalement, la notion que l’on a de sa propre taille, même commerciale, peut être assez floue !

Pourtant, dans la pratique, avant de coudre, et intuitivement,  on a vite-fait de foncer tête baissée selon ce réréfentiel commercial qui struture notre esprit… Erreur ! Même si l’on peut admettre qu’il existe des cohérences, il n’en existe pas moins des différences qui, parfois, peuvent dérouter.

Les tailles dans le domaine de la couture : chaque marque ou livre propose des patrons construits, eux-aussi, selon un barême de tailles. Là encore, chaque marque a puisé ou a mis en place sa nomenclature comme elle le souhaite, avec sa « silhouette-type », en fonction de ce qu’elle a estimé être le plus adapté, le plus représentatif, ou le plus en phase avec le marché (ou la concurrence, pour que le secteur des « patrons de couture » soit harmonieux et pour que les couturières s’y retrouvent encore à peu près). Chaque marque indique très clairement la nomenclature utilisée, afin que l’on puisse identifier la bonne taille à coudre. Une fois la règle fixée, généralement, la marque de patron s’y conforme pour l’ensemble de ses collections de patrons. Si une marque existe depuis plusieurs décennies (Burda, Vogue, etc..), les barèmes choisis restent pour la plupart « figés » dans le temps par soucis de cohérence. Par conséquence, pour ces mêmes marques qui constituent « le noyau dur » du royaume des patrons, ces barèmes n’ont pas évolué au cours du temps, comme ont pu le faire ceux du prêt-à-porter, pour se conformer à la « cible » ou à des évolutions morphologiques (d’autant qu’une refonte complète des barêmes impliquerait des coûts non négligeables liés à la modification des catalogues de patrons, qui, pour la plupart, sont gérés en stocks conséquents d’impressions « papier »).

Voir l’article rédigé par la marque de patrons Oliver + s (merci Anne-Sophie !), traitant d’un sujet fortement similaire concernant les tailles US.

Dans le domaine de la couture, il existe alors une sorte de « culture » des tailles, parfois différente de celle du prêt-à-porter. Cette culture est amenée à évoluer avec l’arrivée de nouvelles marques de patrons modernes, mais elle n’en reste pas moins « à part » dans l’ensemble. Ce qui ne constitue en rien un problème, vous allez comprendre plus loin.

Conclusion : avant de coudre, il est donc très fortement conseillé d’oublier notre expérience issue du prêt-à-porter (même si elle nous donne une indication, et même si parfois, on peut admettre que ça peut « fonctionner »), car elle peut nous induire en erreur.

Voici d’ailleurs ce qu’annonce la boutique Rascol (gros shop/mercerie en ligne proposant entre autres des patrons de couture de différentes marques) lorsqu’elle communique les barèmes de taille des patrons Vogue, Mc Calls, et Butterick  : « Pour de nombreuses personnes, il est difficile de trouver le bon ajustement parce qu’elles ne parviennent pas à rompre avec l’habitude des tailles prêt-à-porter. Acceptez donc que votre taille de patron diffère de votre taille dans le prêt-à-porter ».

Malgré sa culture « à part », il existe tout de même des variations de barèmes au sein-même de l’univers des patrons de couture. Quelles sont-elles ?

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COMPARATIF DES BAREMES DE TAILLE « FEMMES » dans le domaine des PATRONS DE COUTURE

J’ai décidé de mener cette mini étude comparative pour 2 raisons majeures :

– la 1ère… : dès vos premiers pas dans l’univers des patrons « Grains de Couture« , et plus particulièrement ceux pour femmes… j’ai été très fréquemment notifiée concernant votre ressenti sur la façon dont semblait tailler mes patrons (aucun problème relevé sur les patrons hommes pour l’instant, traffic fluide, youpi… mais quelque chose me dit que je ne suis pas étonnée). Concernant les modèles Femmes, pour certaines, tout va très bien super, pour d’autres ça taille un poil petit, et pour une 3ème catégorie de personnes, c’est plus compliqué ou douteux (ça taillerait vraiment trop petit). Je m’y attendais… Figurez-vous que j’ai déjà fait un 1er livre de couture dans le domaine de l’enfant (ah bon ?) et que les retours n’ont pas manqué au sujet des tailles (de « ça taille top-super-bien » à « ça taille trooop grand »). Je sais aussi par expérience que la couture « femme » est encore plus complexe en la matière… (notre taille n’évolue pas comme celle d’un enfant, inutile donc d’espérer pouvoir refiler une plantade-de-taille au petit frère ou à la petite soeur, ou de la porter plus tard dans l’attente qu’on grandisse un peu…!) Le niveau d’exigence esthétique et de « montrabilité » est aussi plus élevé lorsque l’on coud pour soi. Je suis donc habituée, et surtout préparée. Pour limiter les questionnements de ce genre avec le livre « Hommes-Femmes »,  j’avais justement pris grand soin de tout expliquer à ce sujet (3 pages de chapitre technique). Force est pourtant de constater que pour certaines d’entre vous, les représentations mentales en matière de tailles commerciales sont vraiment plus fortes que tout, et ce malgré un positionnement du livre clairement « déculpabisant » et (je l’espère) pédagogique à ce sujet. Je me dis alors que cela ne suffit pas encore, que le job mérite encore d’être complété, et qu’une publication montrant les différents barèmes utilisés par les marques de couture pourra peut-être vous permettre d’avoir une approche des tailles plus avertie, plus sereine, plus détendue, avec davantage de recul :-)

– la 2ème : en tant que couturière passionnée et utilisatrice de marques de patrons (classiques ou indépendantes), mais aussi en tant que créatrice de patrons à mes heures, ça m’intéressait de pouvoir comparer les barèmes existants. Autant vous en faire profiter. Je l’avais déjà fait sur le plan global avant de me lancer dans le patronage des modèles Grains de Couture, je me revois d’ailleurs hésiter longuement sur mon choix de standard, car je savais que cela conditionnerait tout le reste, ainsi que votre ressenti. Aujourd’hui, c’est l’occasion de le faire plus proprement  Est-ce que les différences sont si grandes que ça (ou pas) entre les marques ?  Et surtout, suis-je vraiment si « à côté de la plaque » avec des patrons Grains de Couture – Femmes trop petits ? Si oui, à quel point ? Et si c’était à refaire, je referais quoi ?

Regardons un peu de plus près, cela pourra peut-être vous aider.

Méthode : Il y avait des tas de façons de faire cette comparaison, je suis allée au plus simple. J’ai pris tous les patrons que j’avais sous la main (stock perso et recherches internet), j’ai répertoriés tous les tableaux de mensurations, puis j’ai essayé de les faire coïncider en faisant un parallèle par type de mensuration : 1/ tour de poitrine, 2/ tour de taille, et 3/ tour de bassin (je n’ai pas traité les mensurations plus « fines » telles que longueurs des bras, etc…). Toutes les références de patrons de couture pour femmes n’y sont pas toutes, c’est donc non exhaustif, mais cela donne déjà une vague idée des pratiques. Il me manque notamment les nouveautés anglophones (intéressantes cela-dit) et quelques marques françaises. Je précise également qu’étant donnée la nature de mon projet de livre et mon approche « peu pécunière » de la chose (je ne vous fait pas de dessin, inutile de croire que je nourris ma famille grâce à mes livres), je n’ai fait aucune démarche pour acquérir des barèmes payants (peu rentable dans mon cas). Ceux-ci auraient peut-être le mérite de mettre tout le monde d’accord, mais là n’est pas la question, en réalité, pour la problématique qui nous concerne.

Nomenclature Burda

La principal difficulté pour mener à bien cette comparaison a été de gérer l’alignement des colonnes (catégorisation de tailles).  Là est tout le noeud de l’affaire vous allez me dire… !  En effet, entre les marques qui utilisent les dénominations type 36-38…, celles qui utilisent « S/M… » (regroupant globalement des paires type 36/38, mais pas toujours), celles qui sont sur le 7-8-9 (japonais) , le 6-8-10 (Burda, Vogues…) ou le 0-2-6… (anglophones…) celles qui n’ont pas le même « saut » entre 2 tailles (3cm entre 34-36 mais 5cm entre 44-46, alors que pour d’autres, les sauts sont identiques, 4cm la plupart du temps), et celles qui parlent d’un 34 pendant que d’autres, pour des mensurations similaires, parlent d’un 36… youpi. Donc rien que ça, ça en dit long… Ce qui explique qu’il n’y ait aucun libellé de taille en colonne de mes tableaux. Pour faciliter leur interprétation, un premier « calage » (alignement) des marques a été effectué selon les tours de poitrine semblables, pour qu’il y ait au moins une cohérence des colonnes à ce niveau —>  l’idée est ensuite de voir comment se comportent les tours de tailles et bassin qui en découlent. Je suis restée sur une comparaison visuelle des données, et mis à part le calcul d’une moyenne toute bête, je n’ai engagé aucun traitement statistique compliqué (même si c’est mon truc).

Résultats :

– Au niveau du tour de poitrine, Grains de Couture est exactement comme tous les autres.  Donc pour coudre des petits hauts, des robes amples, ou des manteaux « flous », bonne nouvelle, vos habitudes de coutures (si vous en avez) ne seront a priori pas  modifiées ! Il semblerait aussi que cela corresponde assez à ce que l’on trouve dans le prêt-à-porter, et que la majorité des marques de patrons soient cohérentes sur cette mensuration (attention, cela ne tient pas compte du volume/bonnet de poitrine, ou des mensurations plus fines, telles que largeur d’épaule, longueur et tour de bras…).

– Au niveau du tour de taille et de bassin, il peut y avoir un petit delta. En effet, globalement, je relève un léger décalage dans le sens « mes patrons GdC taillent plus petits que les autres » à ce niveau du corps. Et encore, pas pour toutes les marques. Par exemple, Vanessa Pouzet et Grains de Couture taillons de la même manière (silhouette-type « taille marquée » –> sablier). Nous sommes aussi dans la lignée de la littérature « modélisme », ainsi que celle d’un document citant l’AFNOR. Un delta de 2cm est noté entre Grains de Couture et Deer & Doe (sur taille et bassin toujours), indiquant qu’à ce niveau, mes patrons sont plus petits de (seulement) 1/2 taille par rapport à ceux d’Eléonore. Le noyau principal des mensurations taille/bassin se situe autour des Burda, Simplicity, Vogue… (les classiques) et anglophones… plutôt consensuels entre eux, avec lesquels mes patrons montrent un décalage un peu plus marqué à la taille (4cm d’écart soit environ 1 taille d’écart *) qu’au bassin (2cm d’écart au bassin, soit 1/2 taille d’écart). Entre Grains de Couture et Aime Comme Marie, dont le barème a été globalement difficile à « calquer » sur les autres (regroupements de tailles et recoupements de certaines catégories de tailles), un écart d’1/2 taille est globalement relevé (sauf ponctuellement pour la plus petite taille qui présente 1 taille et 1/2 d’écart, au niveau de la taille seulement). Et enfin, il est intéressant d’observer les variations du barème de République du Chiffon (3 sources différentes) où Géraldine semble avoir « évolué » au cours du temps en faveur d’un tour de taille standard significativement augmenté entre la parution de son livre (« Un été Couture ») et celle du dernier patron-pdf RdC en date – mars 2014 (présentant un différentiel de 2 tailles de plus que Grains de Couture, mais à la taille seulement). La « silhouette-type » la plus récente de Géraldine présente donc une morphologies à la taille moins marquée, plus « droite » (+ rectangle)… Verdict général  : globalement, sur les mensurations « taille/bassin », si l’on souhaite se coudre des « bas » (jupes, robes et vestes ajustées), on peut considérer que Grains de Couture taille en effet un poil plus petit, en moyenne d’une 1/2 taille, mais cela reste à étudier au cas par cas.

* à noter que Burda a subjectivement la réputation de « tailler grand »

Alors Grains de Couture – Femmes, que peut-on conclure sur toi ?

Tailles-tu si petit que ça ? Et bien…  d’emblée, je dirais qu’il serait faux de dire que mes patrons-femmes taillent « grand », haha, ça c’est sûr :-))) – là encore, je ne parle pas de l’ampleur ou de l’aisance « intrinsèque » de certains modèles qui peuvent, ou non, vous convenir). Mais, on peut quand même dire que globalement, mon barème reste très très proche des pratiques générales : déjà, le buste reste identique pour tout ce qui est couture de « petits hauts ».  Le décalage éventuellement observé ici et là (taille/bassin) est très raisonnable. Oui, GdC fait parti des patrons qui taillent « petit » au niveau taille/bassin, mais cet écart reste gérable (tout autant qu’un différentiel de tailles dans le commerce, où vous avez le risque de glisser d’une taille en + ou en – en fonction des marques)

Si c’était à refaire, changerais-je mon barème « Femmes » ? Et bien pour tout vous avouer, j’en sais rien. Parce que de toute façon, il y aura toujours une proportion d’insatisfaites (pas forcément les mêmes). A réfléchir justement sur cette 1/2 taille d’écart sur les mensurations « taille-bassin », pour éventuellement ré-aligner sur la moyenne. Mais c’est pareil, quel que soit le barême, et quoi qu’il advienne, de toute façon, certaines s’y retrouveront, et d’autres moins … nan mais c’est vrai :-))) .

Taille « psychologique »  J’ai quand même bien compris que vous n’aimiez pas vous coudre une taille dont le chiffre est plus grand que celui que vous pensiez faire dans un autre référentiel (comme celui du commerce ou une autre marque). En effet, difficile de se résoudre à décalquer un 42 alors que l’on pensait faire un 40. Coup au moral, on n’ose plus regarder le pot de Nutella de peur de prendre (encore) une taille en plus avec la baguette magique grossissante de Grains de Couture. Et ça, et je comprends bien ! (en même temps, si j’avais appelé le 40 = taille J, et le 42 = taille K,  auriez-vous eu la même impression désagréable ? Non, je ne pense pas, car sans référence mentale connue, vous vous seriez sans doute prise « telle que vous êtes »). Il est claire que le petit décalage éventuellement relevé sur les mensurations taille/bassin ne joue pas en faveur de la flatterie de notre égo. Par contre je dois vous avouer qu’au moment de choisir mon barème, j’étais loin, mais TRES loins d’anticiper ce phénomène. En tant que créatrice de patrons, avec les libertés que l’on a de choisir nos propres standards, il serait bien entendu possible de faire glisser l’ensemble du barème « artificiellement » vers la droite afin que vous ayez toutes l’impression de vous coudre une taille en moins pour vous sentir plus mince, mais là n’est pas le but, n’est-ce pas ? 

Donc finalement, qui a raison ? Si vous avez bien compris l’esprit de tout ce qui a été écrit plus haut, vous comprendrez donc qu’il n’existe ni de bon barème, ni de mauvais barème (si ceux-ci restent dans des variations raisonnables). Tous les barèmes sont valables. A la limite, la question  « qui taille petit et qui taille grand ? » n’est même pas forcément pertinente. Le coeur de l’affaire n’est donc pas de savoir qui a raison ou tort, mais plutôt de savoir vous repérer systématiquement VOUS-MÊME dans un barème donné au moment de coudre.

Chacun y va ensuite de sa propre perception et de ses propres attentes. Certaines seront peut-être rassuré(e)s à la rencontre d’un barème qui ne diffère pas de leur choix de taille commerciale habituelle (pourquoi pas ?) car tout en restant sur un choix de taille intuitif (et approximatif), la probabilité de tomber « juste » reste … disons… intéressante. Pendant que d’autres se retrouveront mieux dans un barème type « taille-marquée » – Vanessa Pouzet, Grains de Couture, Deer and Doe…  (morphologie sablier, en X ou en 8), d’autres seront plus à l’aise encore dans des nomenclatures de conformation morphologique à tendance plus « droite » (morphologie rectangle », en H par exemple – Aime comme Marie sur les petites tailles, et République du Chiffon pour ses patrons-pdf  les plus récents (mars 2014)…). Ce qui pourra expliquer par exemple que pour certaines marques…  les patrons « tombent tout de suite parfaitement sur vous, et ce du premier coup« , alors que pour d’autres marques, c’est plus galère, et vous êtes obligée d’être plus vigilente.

Comparaison des « silhouettes-types » des barèmes-couture

En observant ce petit croquis à l’échelle ci-dessous (gribouillé pour l’occasion, c’est pas du grand-art), on se rend aussi compte que les « silhouettes-types » des marques de patrons de couture citées ne sont pas si éloignées que ça, et que globalement, la taille est toujours un peu marquée avec une conformation globalement « sablier » (du X au H « étranglé »).Il ne s’agit bien entendu pas de « vouer un culte particulier » pour ce type de morphologie, mais plutôt d’admettre en réalité que si on la retrouve aussi présente, c’est aussi parce que d’après les analyses statistiques issues des campagnes de mensurations, il s’agit bien de la conformation la plus « représentative » de la population. La vie est si injuste si on n’est pas un « sablier »…

Il est donc intéressant de retenir que si vous êtes d’une conformation-type triangle/pyramide (A ou « pear » : épaules menues, taille fine, bassin large), triangle/pyramide inversé (V : épaules larges / poitrine généreuse, taille fine, bassin étroit –> athlétique/nageuse), rectangle droit (H plus marqué, poitrine-taille-bassin quasi dans l’alignement) ou ronde  (O : poitrine forte, épaules rondes, ventre rond, bassin large) … et bien c’est… mécanique : tout ne « fitera » pas bien du premier coup dans un « sablier ». MAIS CE N’EST PAS GRAVE ! Il va juste falloir « distordre le sablier » en effectuant des compromis de tailles sur le patron pour réussir à retrouver votre morpho-type dans ses proportions. Certaines morphologies « sablier » auront peut-être même, elles-aussi, le même travail à réaliser si les proportions P/T/B sont différentes de celle du standard 

Rassurez-vous, ces compromis (que je dois aussi faire moi-même !) sont faciles et rapides….(voir plus bas) il suffit juste de le savoir et de l’anticiper.

Plus d’infos sur les différents types de morphologie –> ICI par exemple, ou ICI ,

Comparaison des « silhouettes-type » Grains de Couture / Vanessa Pouzet — Deer & Doe  [Aime comme Marie] — République du Chiffon (récent)

NB : les Burda, Vogues, Mc Calls, etc… se situent dans une position intermédiaire entre Deer & Doe et République  (du Chiffon (non représentés pour ne pas encombrer le schéma)

Attention, ces histoires de « silhouettes-type » choisies par telle ou telle marque ne sont pas forcément le reflet d’un style vestimentaire. Quelle que soit la « silhouette-type » utilisée par les marques de patrons, on trouvera toujours des modèles sympas, avec des formes et des coupes différentes, plus ou moins dans notre style, ou plus ou moins adaptés à notre morphologie. C’est là que notre bon sens et nos goûts personnels agissent. La seule parade que nous avons pour nous retrouver dans tout ça, et nous faire plaisir avec le maximum de patrons proposés sur le marché, c’est justement de suivre les conseils de choix de taille préconisés par chaque marque, ainsi que ceux qui vont suivre (et je n’invente rien).

 Conclusion :  Pour chaque marque ou livre de patrons, nous devons donc systématiquement « recalibrer » notre choix de taille dans le bon référentiel, à savoir celui qui est proposé dans le tableau d’équivalence des tailles et des mensurations mentionné par la marque.

Que ce barème « taille » grand ou petit, en réalité peu-importe. Seule solution pour être sûre de notre choix : sortir notre mètre-ruban, prendre nos mensurations, et regarder à quoi cela correspond précisément.

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METHODE de CHOIX de la BONNE TAILLE

Tout d’abord, repérer les modèles « à RISQUE »

Lorsque l’on se coud des modèles amples ou de coupe « floue » (exemptes de pinces – type tuniques, formes kimono, patrons japonais, et bon nombre de patrons pour enfants…), le corps est donc habillé d’un volume légèrement sur-estimé comparé aux vraies lignes et courbes morphologiques. Le bon choix de taille reste bien entendu à privilégier pour que confort et tombé soient optimaux. Mais dans ce cas, être approximatif dans nos choix de taille n’entraîne souvent que des conséquences mineures sur le bien-aller ou sur le rendu visuel : dans la plupart des cas (hormis une taille vraiment trop petite où le corps ne rentre pas dans le vêtement, ou vraiment trop grande où ça flotte et bâille de partout), l’écart esthétique perçu peut rester faible et noyé dans le visuel global. Et l’inconfort peut rester, disons, tolérable.

 

Exemple 1 : tunique japonaise trop grande (encolure instable et trop large sur mes épaules, aisance trop importante sous les bras, mais je m’en contente au quotidien grâce à sa forme globalement très ample  // Exemple 2 : cape –> ce serait une taille unique, trop grande ou trop petite, le rendu serait très similaire.

Toutefois, lorsque l’on se coud des modèles ajustés aux coupes seyantes, qui suivent exactement les courbes du corps (aux lignes très féminines, souvent pourvues de pinces), un mauvais choix de taille peut vite s’avèrer REDHIBITOIRE. Trop grand, des surplus de matières apparaissent là où il n’en faudrait pas et c’est vite très inesthétique. Trop petit, 2 options : soit on ne rentre carrément pas dans le vêtements, soit on est engonsé(e) et la situation d’inconfort est vite insupportable. On peut donc considérer ces modèles « à risque », ils sont très size-sensible.

Là non plus je ne vous apprends rien, je suis certaine que vous comprenez. Vous vous demandez très certainement pourquoi j’en viens à dire des banalités pareilles :-)

Et bien tout simplement parce que lorsque l’on a l’habitude de coudre certains modèles de vêtements pour enfants, ou certains modèles « adultes » aux coupes simples ou floues , on prend vite le mauvais reflexe d’un choix de taille finalement assez approximatif (issu de notre expérience du prêt-à-porter par exemple), que ne tolèrera plus du tout la couture de modèles seyants et ajustés. Celle-ci demandera plus de précautions, c’est indéniable. Et puis c’est tellement valorisant de porter une tenue joliment ajustée, « juste taillée pour soi » que cela mérite bien un tout petit peu d’attention et d’anticipation (ce qui ne veut pas forcément dire « plus de temps » ou « plus de technique », ne pas confondre…)

Exemple de modèle « size-sensible » (Perle de Nacre, Grains de Couture) qui doit impérativement avoir la bonne taille (une jupe trop grande –> la ceinture est « lâche » et peut bâiller. Si elle est trop petite, les hanches ne passent pas, ou, le zip ne ferme pas)

Donc que faut-il faire ?

1/ … 1er réflexe :  MENSURATIONS !

C’est la BASE de la BASE. Le SOCLE !!! Et je n’insisterai jamais assez je pense. Et ça nous prend… aller…  3min maxi…. Et surtout, c’est une opération à faire UNE SEULE et bonne FOIS pour toutes sur une même personne (sauf pour des contrôles occasionnels en cas de variations possibles ;-)

Nous avons surtout besoin de notre tour de Poitrine (P), de notre tour de Taille (T) et de notre tour de Bassin (B). En complément, considérons également notre stature, notre longueur de bras, la hauteur sol-taille… Notons également notre bonnet habituel de soutien-gorge. Pour en savoir plus  –>  [Grains de Couture – Hommes et Femmes Chapitre Technique – Choisir la bonne taille à l’aide des mensurations – p105-107 – l’équivalent existe dans le livre Grains de Couture Enfants]. Les livres généraux en couture l’expliquent aussi très bien, il n’y a pas que mon bouquin. Je répète que je n’invente rien.

Par contre, c’est hyper important de prendre nos mesures aux BONS ENDROITS, de la bonne façon (voir explis et repères dans le livre, p105). Sinon, le « socle » ne tient plus. Par exemple, une erreur fréquente sur la mesure du « tour de Taille » est de la prendre à la ceinture ou en taille basse (alors qu’elle doit être prise légèrement au dessus du nombril sur la partie la plus fine de l’abdomen). Une mauvaise mesure à ce niveau a pour effet de sur-évaluer votre vrai tour de taille de plusieurs centimètres (et donc, parfois, de 1 ou 2 tailles en trop par rapport à ce que vous devriez trouver !). Je vous conseille alors de faire plusieurs séries de relevés, pour vérifier que vous trouvez bien des mesures stables.

Une fois nos mensurations répertoriées, conservons-les précieusement. Pour cela, c’est pas mal de les noter sur un post-it rangé dans notre coin-atelier, ou dans notre petit carnet à idées. On doit pouvoir les retrouver facilement.

Exemple : mes mensurations

Poitrine P : 80cm // Taille T : 65cm // Bassin B : 90cm.

Stature : 1.55m  // Longueur des bras : 54cm

 

2/  ETALONNAGE

A quel COMPROMIS de tailles ces mensurations correspondent-elles dans le référentiel de la marque (ou livre) de patrons que j’utilise ? C’est LA question à se poser à CHAQUE nouvelle entrée dans l’univers d’une marque ou d’un livre de couture. Ré-utilisons-nos mensurations afin de les comparer au tableau / barème de taille indiqué sur le patron-pochette, le tuto PDF, ou dans le livre de couture. Là encore, la réponse à cette question est très rapide, et à ne faire normalement qu’une seule fois par marque de patron : en 2min maxi, c’est fait :-)

ICI, il est important, non plus de raisonner forcément que sur une seule « colonne de taille » (par exemple : le 36 uniquement = « 36-bloc »), mais de raisonner selon une COMBINAISON de plusieurs tailles différentes si besoin. D’où cette notion de « COMPROMIS ». C’est la clé de la réussite du choix de la taille, qui vous permettra de « sortir du « sablier » retenu par la silhouette-type.

Alors que le barème associe un trio de mesures Poitrine/Taille/Bassin (P/T/B) théorique pour une même taille, vous constaterez peut-être (très certainement d’ailleurs) que « votre trio P/T/B à vous » ne correspond pas au trio donné par le tableau, mais s’étale au contraire sur plusieurs tailles, voire entre 2 tailles (un 40 en tour de poitrine, un 40-42 en tour de taille, un 44+ en tour de bassin). Pas de panique, c’est tout à fait NORMAL (c’est mon cas d’ailleurs !). Pensons surtout que la normalité, ce n’est pas nécessairement le tableau du barème. Repositionnons-nous dans NOTRE normalité, parce que nous sommes UNIQUES. Si en revanche vous avez un trio P/T/B « bloc » (par exemple un 40 « de partout » – P/T/B 40/40/40), vous êtes bien chanceuse ! Je vous envie, ça doit être facile de vous coudre des trucs ! ;-).

Au delà du combo P/T/B, pensons également à nous positionner en terme de stature, de longueur de bras… afin de savoir si nous devons effectuer un rallongement ou un raccourcissement du patron (moi, je dois systématiquement raccourcir en longueur de jambe, de buste, de bras, TOUT).

Si vos mensurations « sortent » du tableau, rappelez-vous également que les livres Grains de Couture vous expliquent comment extrapoler les patrons à 1 ou 2 (ou 3 …) tailles en plus ou en moins (p107).Tailles 48, 50, … c’est accessible.


Exemple : Reprenons mes mensurations et l’exemple Grains de Couture (méthode valable pour d’autres marques).

Je me mets à votre place. Admettons donc quelques minutes que ce soit la première fois que je me couse un modèle du livre « Grains de Couture – Femmes. La question est donc de savoir comment je me situe, moi, ma taille et mes formes, dans ce nouveau référentiel de tailles que je ne connais pas encore très bien.  

Selon le barème de la p105, je corresponds à un T34 au niveau de la poitrine, un petit T38 à la taille et un T36-38 au bassin. Comme vous le voyez, je suis moi-même sur 3 tailles différentes. On dirait pas ? Et ben si… et à vrai dire, ça ne me fait ni chaud ni froid. Pour autant, même si je ne rentre pas réellement dans une case « type » de la nomenclature du bouquin, je me considère plutôt normale dans la vraie vie, si si c’est vrai (bien que petite et menue). Ainsi sont mes formes (ou mes non-formes). C’est juste « moi ».  Du moins, la combinaison PTB 34/38/38 … c’est l’image du « moi » dans le standard qui a servi à construire les patrons du livre. Par contre, attention : ce n’est pas « moi » dans le miroir, ce n’est pas forcément « moi » dans ma tête, ni même le « moi » dans les vêtements du commerce (où je suis réduite à choisir la plupart du temps du S ou du 36 parce que je n’ai pas trop le choix, même si ça ne me va jamais réellement bien). Le combo PTB 34/38/38 (ou 34/38/361/2 si je veux être au plus fit) est donc MON trio gagnant pour le livre Grains de Couture.

 

3/ TRACE du COMPROMIS

Question préliminaire : Avant d’effectuer le tracé, il est bon de se demander ce que l’on souhaite faire avec le vêtement que l’on veut coudre, et où est-ce que l’on place nos priorités entre ESTHETIQUE, CONFORT et USAGE.

Par exemple, dans le cas de mon trio P/T/B, je suis pile entre 2 tailles au  bassin (36-38) : je choisirai donc plutot un 38 à ce niveau pour un meilleur confort, mais plutôt un 361/2 pour un plus soli seyant (quitte à être peut-être ric-rac en confort).

Une question récurrente concerne par exemple l’usage réel que nous faisons des patrons de manteau ou veste : ai-je envie de le porter en mi-saison sur un tee-shirt ? Pourrais-je au contraire en faire un manteau et le porter sur une gros pull épais et bien chaud ? Si je veux le tripler de ouatine ou utiliser une gros lainage, devrais-je le coudre dans une taille de plus ? Devrais-je rajouter de l’aisance pour gagner en confort ? Autant de points à anticiper avant de se lancer dans le choix des tailles et du tracé du patron. Ce choix nous revient, mais retenons qu’en cas de doute, il est toujours mieux de se prévoir une marge « de trop » (plutôt qu’une marge « de moins ») pour des raisons évidentes de retouches a posteriori.

Tracé du compromis : Une fois ce raisonnement fait, il suffit tout simplement de décalquer notre patron selon NOTRE trio de tailles P/T/B, en suivant les tracés correspondants (et en assurant une continuité de tracé si l’on doit « sauter » d’une ou deux tailles). Ceci se fait à main levée au crayon de papier, c’est easy, vraiment, c’est peu de le dire. Mais surtout, déculpabilisons : ça ne s’appelle pas du « bidouillage », ça ne s’appelle pas « être mal foutue »,  mais c’est juste… « se coudre des vêtements avec une approche « sur mesure » d’après un patron déjà établi.  Et il n’y a rien de technique là-dedans, il faut juste savoir tenir un crayon et lire des chiffres, et ça prend… aller… 1min… !

[schéma explicite —> Chapitre Technique – § 2.2.3 – Savoir faire un tracé compromis – p106].

Exemple : Reprenons mes mensurations.

Je me redessine donc un patron compromis, directement sur la planche (au crayon de papier), ou simultanément en décalquant mon patron, en rejoignant les tracés correspondants au 34 poitrine, puis, dans la continuité, 38 taille…  puis 38 bassin (ou 36 1/2 bassin).

Les risques si je ne fais pas ça : dans mon cas, sur l’hypothèse de couture d’un modèle ajusté (par exemple, mon AMETHYSTE en lainage) le risque en ne décalquant qu’un 34 « bloc » (34 de partout) aurait été de ne pas pouvoir boutonner le bas de mon manteau à cause de mon bassin large. AMETHYSTE étant ajusté, il ne tolère donc aucune négligence à ce niveau, sinon, « ça ne rentre pas ». Ce sera aussi et surtout le cas pour la robe/jupe OPALE, la jupe/robe PERLE de NACRE…). A l’inverse, on comprendra que si je veux me coudre un haut, choisir la taille maxi de mon combo (le 38) serait complètement inapproprié, je flotterais dedans et le modèle aurait un très vilain « tombé ». 

 

4/ Attention aux MARGES de COUTURE !

Là je vais direct à l’exemple :

Exemple : il s’agit d’une anecdote au sujet de mes propres erreurs (ça, je maîtrise et j’en connais un rayon !). En voulant me coudre la belle robe Belladone de Deer & Doe, et après un choix de taille scrupuleux… (je promets), j’ai eu la surprise de découvrir une robe trop grande en largeur, notamment au niveau du buste et du tour de taille.  Pas de beaucoup, n’exagérons rien, mais Belladone méritant un ajustement « au poil » pour être vraiment sympa,  je me suis étonnée de ces surplus ça et là qui ne me mettaient pas du tout en valeur. Je sais que j’ai souvent des retouches à faire quand je couds pour moi à cause de ma morphologie, mais là, bizarre. Sur le coup, je me suis dit que ça devait être du au fait qu’Eléonore construisait des patrons pour « des femmes qui ont de vraies formes » (hypothèse possible : ne pas me remettre en question mais penser que ça devait tailler « grand » comparé à ma petite nature). Mais après une petite réflexion, je me suis rendue compte d’un truc : un moment de déconcentration m’a naturellement menée  à coudre à  environ 0.7-0.8cm de marge (au lieu de 1.5cm imposés par la marque). En effet, cette distance de 0.7-0.8cm est un usage que j’ai adopté à la longue (initié je pense par l’utilisation intensive des patrons « C’est Dimanche » à mes débuts). Les marges à 0.7-0.8cm sont donc devenues une constante dans mes projets-couture, limite… je n’y fais même plus attention. Le problème, c’est que c’est tellement un reflexe que c’est capable d’être « plus fort » que la règle de marge imposée, pourtant lue (et intégrée, me semblait-il) . Rapide calcul : 1.5cm de marge théorique contre 0.75cm de marge effective, cela fait un différentiel d’erreur de 0.75cm en trop par empiècement, soit 1.5cm en trop par couture d’assemblage (un côté par exemple), et donc 3cm en trop au total pour les 2 coutures de côté (au tour de taille par exemple). Et 3cm en trop sur un tour de taille, c’est quasiment 1 taille de plus !!! Vous voyez ? Alors quand c’est « en plus » comme dans mon cas : rien de grave, on fait une petite retouche, et on ré-ajuste le patron comme il faut. Mais imaginez l’erreur inverse (une personne appliquant une marge de 1.5cm alors qu’on lui impose une marge à 0.75cm –>  cela donnerait 3 cm en moins et donc, quasiment une taille en moins en largeur … on risque à ce titre de ne plus pouvoir rentrer dans son vêtement. A cause des marges de couture, juste ça ! (et pas à cause du patron)

Donc une fois le bon choix de taille effectué, et le bon « tracé compromis » réalisé, ne baissons surtout pas notre garde. Lors de la coupe des tissus ET lors de la couture, il faut ensuite gérer cette histoire marges de couture. Qu’elles soient libres et à ajouter nous-même (comme dans mon livre), ou imposées et incluses dans les tracés (Deer and Doe par exemple), la contrainte reste strictement la même : il est impératif de respecter la règle fixée (ou que NOUS nous sommes fixée). Sinon, nous risquerions de nous retrouver, encore une fois, avec des cm en trop ou en moins là où il ne faudrait pas. Si on est méticuleuse au niveau du choix de la taille ou du compromis de taille, ce serait quand même ballot de tout « mettre par terre » à cause de marges hasardeuses sous le pied de biche :-}. 

 CONCLUSION GENERALE

Pour nous coudre un vêtement à la bonne taille, sans y apporter trop de retouches… –> 5 min pas plus à ajouter à notre projet, vraiment, ce serait dommage de s’en priver. Il nous faut pour cela :

– oublier nos références de tailles issues du prêt-à-porter (0 min).

– prendre nos mensurations une bonne fois pour toutes, en suivant les bons repères du corps – very important (à noter et à conserver précieusement sur un post-it) (3min, 1 seule fois)

– repositionner nos mesures dans le barème de tailles proposé par la marque ou le livre de patrons de couture, et noter notre « trio P/T/B » . Cette opération est à réaliser à chaque découverte d’une marque/livre, pour nous étalonner (donc pas forcément à chaque projet-couture) (2min)

– rester zen et confiante même si notre « trio P/T/B » s’étale sur plusieurs tailles (et même si l’une des tailles dépasse fortement celle que l’on pense faire) ! Personne n’est là pour nous juger, il n’y a que nous qui connaissons ses codes de tailles qui nous permettront de mieux coudre (on a même le droit de planquer le post-it). Et après-tout, ces chiffres ne sont que des guides/repères pour nous rapprocher du « sur-mesure » (0min).

– avoir le réflexe de ne plus systématiquement reproduire notre patron en « mono-taille », mais de retracer les contours de NOTRE patron selon LE COMPROMIS de tailles correspondant à NOTRE « trio P/T/B », le nerf de la guerre ! (2min)

– veiller à respecter scrupuleusement les marges de couture, c’est tout aussi important que le reste (0min)

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POUR ALLER PLUS LOIN : approcher le SEYANT PARFAIT

5 min de bons réflexes seulement pour choisir la bonne taille, cela résoud peut-être aux alentours de 70% des problèmes de SEYANCE (c’est une estimation,  et c’est variable d’une personne à l’autre). 5min ultra efficaces, mais… cela peut encore s’avérer incomplet dans certains cas.

 La seyance, le bien-aller, c’est bien sûr une question de choix taille, mais pas que…:  Si l’on veut aller plus loin, les petits soucis « restant » ne se révèlent bien souvent qu’une fois le modèle cousu et essayé sur soi. Pas de bol ! Il faut donc aller « jusqu’à se tromper » pour se rendre compte… :- { Donc pour éviter les déconvenues et déceptions de dernière minute sur un modèle qui nous a non seulement coûté un magnifique tissu cher mais aussi, parfois, de magnifiques finitions passepoilées… une seule solution : faire une couture d’essai rapide, un brouillon en quelque sorte. Là, c’est clair que je ne vais pas vous « vendre » l’approche en vous disant qu’elle ne prend que 5min. Mais si vous souhaitez être SÛRE de coudre un vêtement qui vous va parfaitement, c’est une phase incontournable. La version d’essai nécessite en effet un peu de temps (loin du double, je vous rassure), mais si elle est bien gérée, elle est hyper rentable (et rien comparé à un vêtement mal-fichu cousu pour… rien !). [livre Grains de Couture, Chapitre 5.2 –  comment tester le patron efficacement sans perdre de temps, avec quoi, et dans quels cas, p137 + méthodes d’ajustements et corrections de patrons p135-141).Elle nécessite également une bonne dose de confiance afin de pouvoir détecter le défaut puis le corriger directement sur le patron. L’expérience s’acquiert avec le temps, et avec quelques techniques simples ([livre Grains de Couture, Chapitre 5.3 p138-141).

J’admets facilement moi-même avoir fait (ou pas) des versions d’essais « par dessus la jambe ». Et pour vous rassurer, cela m’arrive encore très souvent de ne pas me forcer, pour aller vite, par impatience, par fénéantise surtout (peut-être aussi par excès de confiance). J’ai les mêmes contraintes que beaucoup : le manque de temps. Donc soyez sûre que parfois, l’excès de vitesse prend le dessus. Et parfois, mais comme je regrette !!!!

Sans effectuer de version d’essai, on risque en réalité (la notion de risque étant toujours relative en fonction des personnes, des morphologies,  de la coupe des modèles plus ou moins « size sensible ») :

          – de mal gérer les longueurs ou certaines largeurs (tours de bras…) – [voir livre Grains de Couture, Chapitre 5.3.1 p138, et chapitre 5.3.3 p139] qu’il s’agisse d’une question de stature, de confort ou de goûts personnels. A noter également que souvent, les tableaux de mensurations mentionnés par les marques de patron ne mentionnent pas les données plus fines ayant servi à construire les patrons, comme la largeur et la pente d’épaule, la hauteur du buste, le tour de cou, le tour de bras…. C’est vrai qu’on pourrait le faire (ceci-dit) …. Donc par exemple, si on a tour de bras plus fort que le standard, il est possible qu’une modification soit nécessaire à ce niveau, et on ne pourra le voir à l’essayage.

          – de mal gérer les questions d’aisance et donc d’exigence de confort parfois personnel [voir livre Grains de Couture, Chapitre 5.3.2 p138],

          – de mal gérer le volume de poitrine : les patrons sont souvent conçus pour des bonnets B (parfois C). Les poitrines plus menues ou plus volumineuses devront alors vérifier le bon niveau d’ajustement à ce niveau en effectuant les modifications de patrons nécessaires. Une mauvaise anticipation du volume-poitrine peut aussi engendrer des problèmes de bâillement d’encolure pour les poitrines menues [voir livre Grains de Couture, Chapitre 5.3.4 p139 et chapitre 5.3.7 p140]. D’autres questions peuvent se poser, comme des problèmes d’inadéquation d’un modèle aux petites ou fortes poitrines :  parfois, seule une version d’essai pourra le montrer clairement (et c’est aussi une question de goût personnel, donc vous seul saurez emmettre un jugement).

          – de ne pas pouvoir anticiper les problèmes de posture et de maintien du corps : la façon dont le vêtement  « tombe sur nous » dépend aussi beaucoup de la façon dont « nous nous tenons », sans jugement aucun (cambrure des reins, dos voûté, épaule droite, port de tête « danseur »…). A chacun son allure, et le meilleur des patrons ne peut pas toujours le prévoir. L’idéal est donc de tester, et d’éventuellement, reprendre « là où ça cloche ».

          – de ne pas réellement savoir si le modèle convient globalement à notre style (goûts personnels) ou à notre morphologie. En effet, on peut « craquer » sur un patron dans un catalogue ou flasher sur ses détails originaux, alors qu’en réalité, la coupe n’est pas forcément très flatteuse sur nous. Mais encore faut-il (parfois) le tester et l’essayer pour le visualiser (tout simplement comme un essayage en cabine, après un coup de coeur en vitrine –> combien de fois je dois reposer un vêtement en rayon à cause de cela !), et éventuellement définir les modifications adaptées, si elles sont possibles.

Bien entendu, coudre une version d’essai n’est pas obligatoire (et heureusement !). Cela va dépendre, à l’instant t, du modèle en question et de sa coupe « size-sensible », de son usage, de notre morphologie, de l’importance que l’on accordre à l’allure qu’il nous donnera et surtout… de nos exigences, tolérances et degrés de perfectionnisme, de notre patience et de notre gestion du temps (c’est souvent ce dernier paramètre qui l’emporte sur tout le reste). Simplement, sans version d’essai (et surtout sans démarche réelle de recherche de la bonne taille), il faut être bien conscient(e) des risques que nos choix peuvent engendrer en matière de bien-aller : 

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Bon… (et j’aurai finiiii cet abominable long billet)… la perfection en matière de BIEN-ALLER en couture (et plus particulièrement pour FEMMES) a donc un « prix »  :  la couture est une passion, un plaisir, tout est ACCESSIBLE. Mais gardons juste dans un coin de notre tête qu’au départ, elle basée sur un savoir-faire professionnel, ainsi et des usages qui demandent des bons réflexes si l’on ne veut pas être déçue et y perdre trop de temps.

Puisque les vêtements, en couture, c’est nous qui les faisons, c’est justement ça l’AVANTAGE, avec cette approche du sur-mesure. Ce serait dommage de retomber dans les mêmes insatisfactions de coupes ou de tailles que nous pourrions éventuellement rencontrer dans le prêt-à-porter. En couture, nous avons la main sur la forme de notre vêtement. Profitons-en !

Voilà, il parait que c’est seulement le 100ème message du blog en 5 ans 1/2 de vie de « Grains de Maïs », franchement, je ne sais pas si ce billet est un cadeau  … mais j’espère qu’il pourra vous aider à y voir plus clair.

BONNE COUTURE !